Nous vous proposons une rencontre avec Pael Gigan, artiste réunionnais de séga-maloya, à l’occasion de la sortie de « Niabou Lévé », son adaptation en créole réunionnais du célèbre titre « Ké sa lévé » de Jocelyne Béroard et Kassav’.
À travers cette interview, il revient sur la genèse de ce projet, les défis d’une telle adaptation, son attachement à cette chanson emblématique et la sensib
Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter le célèbre titre « Ké sa lévé » en créole réunionnais avec « Niabou Lévé » ?
Bonjour, je m’appelle Pael Gigan, artiste réunionnais de séga-maloya.
Depuis mon enfance, j’ai toujours eu une affection particulière pour le groupe Kassav’, et plus particulièrement pour Jocelyne Béroard, qui en est l’une des voix emblématiques. J’ai toujours admiré sa manière d’interpréter ses chansons, sa sensibilité artistique et la qualité de ses textes.
À la sortie de l’album *Difé* en 1995, le neuvième titre, *Ké sa lévé* (« Je me relèverai » en créole antillais), m’a particulièrement marqué. D’ailleurs, cette chanson avait été récompensée par un prix de la SACEM pour la qualité de son écriture.
C’est un morceau qui raconte la fin d’une histoire d’amour. La personne concernée demande que cette relation se termine immédiatement et qu’on cesse de tourner autour du problème. Bien sûr, elle sait qu’elle souffrira, mais elle affirme aussi qu’elle saura se relever de cette peine.
J’ai toujours été sensible à ce texte. Même si je suis Réunionnais, j’en avais parfaitement compris le sens grâce aux paroles, mais aussi grâce à l’interprétation de Jocelyne Béroard, qui possède un talent exceptionnel pour transmettre les émotions.
J’ai trouvé cette chanson tellement belle que j’ai voulu permettre aux Réunionnaises et aux Réunionnais de se l’approprier. Même si nous sommes tous créoles, le créole antillais est très différent du créole réunionnais. C’est d’ailleurs pendant la période du confinement que je me suis lancé dans ce projet de traduction et d’adaptation.
Mon objectif était simple : faire en sorte que les Réunionnais ne passent pas à côté de ce véritable bijou musical.
Le défi était multiple. Il fallait d’abord rendre hommage à une artiste que j’adore. Ensuite, il fallait adapter le texte en créole réunionnais tout en restant le plus fidèle possible au sens original. J’ai également cherché à respecter les sonorités, les rimes et les fins de vers afin de conserver l’âme de la chanson.
Je me suis donc lancé dans cette aventure avec beaucoup d’enthousiasme.
Un important travail d’analyse a été nécessaire pour décrypter le fond du message. Ensuite, j’ai recherché un vocabulaire réunionnais à la fois poétique, authentique et profondément ancré dans notre créolité. J’ai également sollicité des amis afin de constituer une véritable bibliothèque de mots susceptibles d’être utilisés dans cet exercice d’adaptation.
Une fois le texte terminé, il a fallu réfléchir à l’orchestration. J’ai choisi une formule piano-voix afin de laisser toute la place à l’émotion. Je voulais que l’auditeur puisse pleinement ressentir la sensibilité de cette version, tout en respectant la mélodie originale composée par Jacob Desvarieux et le texte écrit par Jocelyne Béroard.
Même si Jocelyne Béroard est aujourd’hui une amie, il reste toujours délicat de revisiter une chanson aussi reconnue. Je me suis posé beaucoup de questions : serais-je à la hauteur ? L’artiste apprécierait-elle cette adaptation ? Le fait de proposer une version en créole réunionnais serait-il bien accueilli ?
Mais la passion a largement pris le dessus.
C’est ainsi qu’est née *Niabou Lévé*, qui signifie exactement la même chose que *Ké sa lévé*. Ce qui était intéressant, c’est de constater que nos deux créoles présentent parfois des similitudes, ce qui a facilité certains passages de l’adaptation.
Enfin, il y avait également la question du registre vocal. Habituellement, on me connaît davantage pour des titres festifs et entraînants. Ici, je suis dans quelque chose de beaucoup plus posé, plus intime, où les émotions sont au premier plan.
Mon souhait était surtout de ne pas décevoir et de proposer une autre lecture de cette magnifique chanson.
Dans cette version piano-voix très intime, vous dévoilez une émotion et une sensibilité particulières. Était-ce important pour vous de présenter une autre facette de votre univers musical ?
Oui, c’était très important.
Je souhaitais que le public découvre une autre facette de mon univers artistique et de ma sensibilité. Je ne veux pas me limiter à un seul style musical. J’aime explorer d’autres horizons, collaborer avec d’autres artistes et m’ouvrir à de nouveaux univers.
À travers ce projet, il y avait aussi une volonté de rapprocher nos îles. À La Réunion, nous avons beaucoup grandi avec le zouk et les artistes antillais. Je trouvais intéressant de montrer que nous pouvons également nous approprier cette musique avec respect, et pourquoi pas créer davantage de passerelles entre nos cultures.
Je remercie d’ailleurs sincèrement Jocelyne Béroard pour sa confiance. Elle a validé cette adaptation, et son approbation était essentielle pour moi. Comme je l’ai déjà dit, *Ké sa lévé* est un titre emblématique. Mon intention n’a jamais été de le transformer, mais bien de lui rendre hommage.
J’espère que les auditeurs et auditrices de Fréquence FM auront plaisir à découvrir cette version et qu’ils n’hésiteront pas à me faire part de leurs impressions.
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